De la pérennité des emplois dans le photovoltaïque français


La problématique de l’emploi est assez particulière pour l’industrie solaire photovoltaïque (PV), puisque la production de panneaux PV est en très grande partie déjà délocalisée.

Mais regardons tout de même le devenir des « grands » du secteur et, notamment, l’évolution récente du top 10 des fabricants de panneaux PV : en 2009, on trouvait sur le podium un Américain (First Solar, 1er), un Chinois (Suntech, 2ème) et un Japonais (Sharp, 3ème). Venaient ensuite pêle-mêle un Allemand (Q-Cells), un autre Japonais, un autre Américain et quatre Chinois/Taïwanais. Si l’on reprend les chiffres en 2011, les deux Américains sont toujours dans le Top 10 (encore que First Solar a perdu sa première place), l’Allemand et l’un des deux Japonais sont sortis, et nous avons à présent sept entreprises chinoises ou taïwanaises installées dans le top 10, dont deux aux 1ère et 3ème places. Une tendance inquiétante ?

La preuve, non pas en chiffres, mais en coupures de presse :

  • L’Allemand Q-Cells a depuis fait faillite début avril 2012, mettant 2400 personnes au chômage, tout comme d’ailleurs le français Photowatt, sauvé en catastrophe sur injonction gouvernementale.
  • Plus généralement, l’Allemagne a récemment subi de plein fouet des milliers de suppression d’emplois dans cette filière et toute la vallée du solaire (autour de Frankfort sur Oder) est à présent sinistrée : outre les suppressions d’emplois de Q-Cells, l’américain First Solar a supprimé 1200 emplois en 2011… six mois après avoir doublé ses capacités de production dans la ville !
  • Consolation toute relative, ces suppressions d’emplois sont mondiales : ainsi, SunPower, filiale de Total aux Etats-Unis, a annoncé il y a quelques semaines la fermeture d’une usine aux Philippines, dans le cadre d’un programme de réduction de ses coûts. Et l’américain First Solar, en plus de fermer son usine allemande de Francfort, va suspendre quatre lignes de production à Kulim, en Malaisie… et reporter sine die son programme d’investissements au Vietnam.
  • Toujours le même First Solar, n°2 mondial, avec un EBITDA négatif de quelque 70 millions de dollars (après quelques années à plus de 500 millions d’excédents…), des frais de restructuration à hauteur de 60 millions de dollars pour l’année 2011, et un ratio dette/capital qui s’envole sur les deux dernières années…

Ceci étant dit, la plupart des emplois « européens » de la filière est liée à l’installation de panneaux solaires. On pourrait penser que le ciel sera plus bleu de ce côté-là, vu qu’il existe des millions de toits à couvrir et, de fait de l’emploi pour longtemps…

Ce n’est malheureusement vrai qu’en théorie seulement. Car avec la baisse des tarifs de rachat de l’électricité produite par ces producteurs individuels (baisse de plus de 30% depuis trois ans en France, suivie de manière à peu près analogue dans tous les pays européens), les propriétaires intéressés uniquement par le retour sur investissement sont massivement sortis du marché français.

En témoignent les chiffres d’ERDF (distribution d’électricité), qui diffuse chaque trimestre le nombre de dossiers de raccordement d’installations photovoltaïques au réseau en France :

Nb de demandes
2010
2011
2012
1er trimestre
32 500
16 570
10 170
2ème trimestre
30 820
13 990
3ème trimestre
34 970 (meilleur trimestre)
9 820 (pire trimestre)
4ème trimestre
31 480
11 070

Un marché divisé par trois et demi en un an – je précise qu’au 31 décembre 2010, le tarif de rachat de l’électricité a été abaissé de 58 à 46 €HT/KWh, suivi par une nouvelle baisse à 40,6 € au 1er juillet 2011. Sans doute une coïncidence.

Ne restent plus sur le marché que :

  • les collectivités locales pas encore assez endettées – cf. la Mairie de Paris qui n’a rien trouvé de mieux pour dépenser l’argent du contribuable que de vouloir équiper les toits du 18ème arrondissement de 3 500 m² de panneaux photovoltaïques (avec la volonté d’en installer 200 000 m² d’ici 2014…) – rappelons qu’1m² de panneau PV coûte, entre l’achat, la pose et le raccordement, la bagatelle de 1000€ ;
  • les vrais amoureux de l’environnement convaincus qui s’équipent d’abord pour pourvoir à leur propre consommation et pour qui la revente est secondaire ;
  • les habitants qui ont la chance de vivre sous un microclimat et qui espèrent encore faire un maigre profit compte-tenu d’un ensoleillement exceptionnel de leur région (la région PACA est la seule, dans les chiffres d’ERDF, qui montre un relatif maintien de la demande).

Bref, le marché potentiel risque fort à terme de se trouver divisé d’un facteur cinq ou dix (estimation au doigt mouillé) et les électriciens et couvreurs devenus « verts » à la faveur de la niche fiscale redeviendront « normaux » à la fin de la bulle.

Peu d’espoir à attendre du côté du photovoltaïque, donc. C’est bien triste, puisque lorsque les écologistes pointent l’exemple de nos collègues teutons, ils avancent en priorité la filière PV pour justifier des dizaines de milliers de créations d’emplois à venir…

Lire l’article complet sur : Institutdeslibertes.org

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